CARL GUSTAV JUNG Sur l’âme et ses symboles


Carl Gustav Jung est né sur la rive Suisse du lac de Constance. Son père, pasteur, s’installa à proximité de Bâle. C’est dans cette ville qu’il fit ses études et acquit le titre de médecin. Il entre alors à l’hôpital psychiatrique du canton de Zurich. Il y est élève. Après avoir soutenu sa thèse sur la « Psychopathologie des phénomènes dits occultes », il devient disciple et ami de Freud, qu’il quitte cinq ans après pour fonder une nouvelle école de « psychologie analytique ». Il fonde en 1948 l’institut « JUNG » à Zurich.

Découverte de « l’inconscient collectif », fondement de l’imagination, commun à tous les peuples à travers les âges, et qui se manifeste dans les religions, les mythes, l’alchimie…

Jung a beaucoup voyagé en Afrique noire, en Afrique du nord, aux Indes et en Amérique où il étudia particulièrement les coutumes des Indiens « Pueblos ». Il s’efforça toute sa vie de dépasser une attitude purement descriptive de la maladie mentale et de la comprendre de l’intérieur.
S’il fut d’abord attiré par les travaux de Freud (avec qui il se lia d’amitié durant 5 années), l’esprit de système de son aîné l’éloigna peu à peu de lui; Jung ne pouvait accepter une conception de l’énergie psychique (la libido) limitée, pour les besoins d’une théorie, à l’impulsion sexuelle.
La rupture survint après la parution de « Métamorphoses et symboles de la libido » en 1912 dans laquelle Jung exposa sa théorie sur la notion de l’inconscient collectif. Il décrit une structure quaternaire de la psyché, avec 4 fonctions psychologiques caractérisant les différents types humains:
1.    Pensée ;
2.    Intuition ;
3.    Sentiment ;
4.    Sensation .
Ces 4 fonctions forment un instrument que l’individu doit manier pour évoluer.

Sa vision de l’homme est dynamique, et on peut la résumer par ces 2 concepts: le devenir, et la transformation. En l’homme, le monde devient conscient de lui-même par la formation d’un Moi. Mais le renforcement unilatéral de ce dernier ne doit pas dépasser une certaine limite. Au delà, le Moi tend à oublier son lien avec l’océan d’où il sort, l’arbre se sépare de ses racines, se dessèche ou produit des fruits monstrueux. Sur le plan collectif ce seront alors des déchaînements sauvages: les exemples abondent au 20ème siècle. Chez l’individu, c’est la névrose, affection mentale où l’inconscient, nié, réclame sa part. La névrose n’est donc pas liée uniquement à des évènements du passé notamment infantiles, comme pour Freud, mais à une situation actuelle. Rétablir le passage sans heurt du courant psychique, source de renouvellement, tel est le but de l’exploration intérieure.

La persona : c’est la partie de nous, apparente, éclairée, que l’on montre aux autres. C’est notre Moi social.
L’ombre : partie inconsciente de notre personnalité, non exposée à la lumière. Ce sont toutes les potentialités que nous n’exploitons pas, mais pas forcément que nous réprimons.

Il existe un équilibre entre la « persona » et « l’ombre » car sinon rien de spontané ne pourrait avoir lieu. Ils dépendent tous deux du contexte socioculturel.

L’inconscient collectif : ses modes de manifestation sont les « archétypes » qui désignent les images anciennes (comme le « dragon », le « paradis perdu »…). Ces images constituent un fond commun à toute l’humanité. Dans chaque individu on les retrouve, en tout temps et en tout lieu, à côté des souvenirs personnels. Ils se manifestent dans les rêves, les délires et les arts picturaux. Jung distingue plusieurs strates dans l’inconscient collectif:

·    1ère couche : c’est l’inconscient individuel.
·    2ème couche : c’est l’inconscient collectif familial auquel on appartient: dans certaines familles il y a par exemple certains chiffres qui reviennent génération après génération.
·    3ème couche : c’est l’inconscient collectif du groupe ethnique et culturel auquel appartient la famille.
·    Au dessus : il y a un inconscient collectif primordial. C’est ce qui est le plus général à l’humanité, comme par exemple la peur commune de l’obscurité,  les instincts… etc. Dans cet inconscient collectif, il y a des structures de base, un code général où cet inconscient s’exprime et ce sont les « archétypes ». Ils puisent dans la matière indifférenciée, le magma, le chaos de l’origine.

Les archétypes : ce sont des structures de base, un cadre général où l’inconscient collectif s’exprime. Ils sont innés, immuables et les mêmes pour tout le monde. Ce sont les contenus de l’inconscient. Les archétypes sont les formes « a priori » de la représentation. Il y a ainsi les archétypes parentaux (Père et Mère), l’anima, l’animus… etc.
·    L’anima : est l’aspect féminin psychique chez l’homme.
·    L’animus : est l’aspect masculin psychique chez la femme.
·    Le Soi : c’est la totalité. Quand cette partie de nous-mêmes a atteint la totalité, elle se prend pour Dieu. Le paranoïaque (être humain s’étant construit un système de relation à l’Autre de type paranoïaque) est un individu qui pense atteindre le Soi . C’est l’inflation pathologique du Soi. On a tous tendance à rechercher l’unité.

Tout le travail de Jung s’est appuyé sur la double question qui domina sa vie: « qu’est-ce que le monde, et qui suis-je? ». L’insuffisance du cadre religieux éclata aux yeux de ce fils de pasteur. Il devina que la réponse se trouvait au-dedans de lui et non au-dehors.
La psychiatrie lui parut offrir un moyen plus propice d’aborder la totalité de l’Homme. Jung a également travaillé sur la recherche alchimique. Il relia ainsi la mythologie, l’archaïque au psychologique: dans la transformation alchimique du fer en or, c’est la transformation de quelque chose en nous que l’on tente. C’est la transformation de la personnalité.

Jung fut avant tout le témoin d’une réalisation interne. Sa méthode psychologique et son œuvre sont les fruits de cette réalisation. Adolescent, il a rencontré sur son chemin la figure fascinante de Zarathoustra, le « messager du surhumain » qui avait conduit à la folie Frédéric Nietzsche, Bâlois d’adoption comme lui. A son tour il s’est vu contraint par le destin d’affronter ce qui est en définitive, l’unique problème de l’âme moderne: l’homme peut-il se surmonter, et par quelle voie?

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R.M RILKE Sur l’existence

Il nous faut accepter notre existence aussi loin qu’elle peut aller; tout et même l’inouï doit y être possible. C’est au fond le seul courage qu’on exige de nous; être courageux face à ce que nous pouvons rencontrer de plus insolite, de plus merveilleux, de plus inexplicable.

Que les hommes aient, en ce sens là, été lâches a infligé un dommage irréparable à la vie. La Mort, le Monde des Esprits, toutes ces choses qui nous sont si proches ont été à ce point en butte à une résistance quotidienne qui les a expulsés de la vie que les sens qui nous eussent permis de les appréhender se sont atrophiés. Or la peur de l’inexplicable n’a pas appauvri seulement l’existence de l’individu, elle a également restreint les relations entre les hommes. Ce n’est pas, en effet, la paresse seule qui est responsable du fait que les rapports humains se répètent sans innovation, c’est plutôt la crainte d’une quelconque expérience inédite et imprévisible qu’on s’imagine ne pas être de taille à éprouver. Seul celui qui est prêt à tout, celui qui n’exclut rien, pas même ce qui est le plus énigmatique, vivra la  relation à l’autre comme si elle était quelque chose de vivant, et y jettera même toute son existence.

Rainer Maria Rilke

Lettres  à un jeune poète (Extraits)

Tradition et Psychologie Contemporaine


 

TRADITION ET PSYCHOLOGIE CONTEMPORAINE

Les malaises profonds que l’humanité ressent sur un plan global ne sont que la résonance de crises identitaires et territoriales qui tentent d’être résolues en uniformisant. Entreprise louable certes, mais vouée à l’échec. Comment rendre à une humanité perdue un ersatz d’unité dans la multitude d’informations et de croyances dans lesquelles elle est noyée ?

La jeunesse se perd dans les mythes innombrables relayés par les médias qui laminent la faculté d’élaborer de chacun.

Dans ce temps qui se veut de mondialisation, le fanatisme apparait sous toutes ses formes. Aussi bien dans l’appel à la consommation à outrance que dans la conversion aux idéaux extrêmes, chacun est nié dans son essence et dans son individualité.

Dans la quête de sa propre vérité, de son soi profond, il s’agit de contacter le noyau sacré dont chacun est le dépositaire, retrouver son secret intime. Chaque être se doit cette élaboration de lui-même. Vouloir l’éviter, c’est souffrir des milles souffrances que nous continuons de détenir en chacun de nous. Les «mal-a-dies » ne font que symboliser grossièrement le défaut de perception que nous avons de nous même, ainsi le  mal nous dit à travers le physique depuis la psyché, d’où et de qui nous souffrons.

Les maladies de l’exil frappent les peuples déracinés. Les Juifs ne sont pas les seuls dans ce cas, ils en sont le modèle absolu. Les peuples qui vivent sur des terres qui leurs sont étrangères, éloignés de leurs traditions, souffrent de la même façon de ces maladies de l’âme.

Après plus de 5000 ans de pérégrinations, le peuple juif possède dans ses bagages une « ethnopsychologie ». La lecture de ses chroniques, les plus vieilles de l’humanité, sur lesquelles repose l’inconscient collectif de la majorité des êtres humains, nous prouvent quelque peu que nous ne faisons pas fausse route, que l’injonction faite à Abraham, le fameux : « Lekh Lekha ! », « Va vers toi-même !», nous nous devons de le suivre. Et cela nous mène irrémédiablement, ici, à Jérusalem dans ce lieu, berceau de l’humanité. Placé au centre du Monde Antique, Jérusalem constitue, de nos jours le laboratoire de réunification de tous les opposés, le point d’équilibre entre nos deux cerveaux, l’occidental et l’oriental. C’est le lieu de thérapie par excellence de tous les maux dont souffrent les pauvres humains égarés.

Retrouver son Unité

Redécouvrir à travers sa propre expérience son unité première. Pour ne pas se perdre dans cette quête nous pouvons nous appuyer sur ce qu’on appelle la Tradition. Il est important de connaitre son identité, de savoir d’où l’on vient, pour avoir une chance de découvrir vers où nous sommes censés aller, et comment nous y rendre.

Pouvoir rencontrer l’autre, supporter son contact sans défléchir, sans être agressif ou bien en avoir peur, sans se sentir agressé ou abdiquer de soi , en évitant de se perdre dans les paradis artificiels, les fantasmes et les mythes.

Quel défaut de nous-mêmes nous fait le plus souffrir ? Le symptôme physique s’il y en a un est presque secondaire ; il ne fait que symboliser grossièrement notre mal-être. Il ne sert à rien de vouloir à tout prix le faire taire, bien au contraire, nous nous devons formellement d’entendre ce qu’il a à dire, sous peine, en le supprimant de souffrir davantage. L’apaisement du symptôme vient comme le cadeau supplémentaire, le bonus que l’on ne recherche pas, car la première récompense de la quête de soi, du Lekh Lekha, c’est justement la quête en elle-même.

Retrouver ses racines. Réunifier le corps et l’âme. Expérimenter. Ressentir. Elaborer.

Yehouda Guenassia

Gestalt Thérapie Analytique

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GESTALT THERAPIE ANALYTIQUE

Gestalt est un mot allemand que l’on peut traduire par forme, configuration, pattern, structure signifiante, organisation de plusieurs éléments. Une forme structurée qui prend sens pour nous.

En psychologie, on a longtemps tenté d’isoler les éléments les uns des autres. La Gestalt elle, considère que ce qui nous est donné de percevoir n’est pas un agrégat de morceaux disparates, mais plutôt un ensemble de tous ces agrégats qui nous donne une perception globale, holistique qui est toujours plus signifiante que la somme de chacune des parties. Si nous prenons, le visage de quelqu’un, c’est l’ensemble de son visage qui nous apparait et qui nous fait reconnaitre la personne, et non juste son nez, ses yeux ou chacune des parties de ce qui constitue sa totalité. Un champ de blé aura une signification différente pour deux amoureux en promenade, pour un fugitif qui cherche à se cacher de ses assaillants ou pour l’agriculteur. L’image mentale de chacun sera différente, comme les images mentales du visage dans son ensemble des éléments disparates (nez, bouche, yeux….) qui le composent. Une symphonie est différente qu’une succession de notes.

Chaque partie d’un tout est différente selon qu’elle soit seule, ou bien qu’elle appartienne à un tout.

Percevoir dans un contexte plus signifiant

Pour nos perceptions, tout ce qui se donne à voir, entendre, ou ressentir constitue une Gestalt, un paysage, dont certaines parties sont de temps en temps au premier plan, le reste demeurant en toile de fond. Si vous êtes préoccupés par quelque chose, c’est comme si tout se liguait pour vous montrer d’autres signes en relation avec ce sur quoi vous êtes polarisés. Ces signaux s’allument automatiquement. Sans cesse se met en place un jeu de va et vient entre le fond et des formes émergeantes de ce fond selon son propre état d’âme.

Le cerveau ne peut faire deux choses en même temps, même si le temps entre deux opérations est très court.

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Essayez de discerner sur ce dessin les deux profils et le vase en même temps

Impossible de focaliser sur les deux niveaux en même temps. Selon notre focalisation, soit le vase soit les profils constitueront la forme qui émergera à notre conscience du fond qu’ils constituent ensemble.

Dans la vie quotidienne, selon nos préoccupations, certaines parties de ce fond vont prendre forme avec plus d’acuité, pour laisser les autres éléments, qui à cet instant ont moins d’intérêt, en arrière plan.

Gestalt Thérapie Analytique, qu’est-ce que c’est ?

Il existe une conception de la souffrance mentale qui implique une discipline d’exploration de soi en présence de quelqu’un qui écoute et interprète, avec empathie et compétence. L’être humain est perçu comme un système ouvert en interaction avec son environnement. L’observateur fait partie intégrante du champ qu’il constitue avec ce qu’il observe. Un échange dynamique a lieu du fait même que nous observions ou que nous soyons observés.

C’est la conception dominante de ce qu’est une Gestalt Thérapie Analytique. La médicalisation et la rationalisation affecte la pratique thérapeutique. Le Gestalt Analyste observe avec attention et utilise la séance comme lieu de réalisation, laisse résonner la façon dont les patients expriment leurs expériences tout aussi bien à travers leurs symptômes, qu’avec leurs propres expériences d’eux-mêmes. La connaissance de soi est fondamentale dans cette approche analytique et constitue la cure elle-même. Celle-ci se déroule sur la compréhension de la vie intérieure du sujet, de ses conflits inconscients, de ses pulsions instinctuelles et de ses mécanismes de défense, en se centrant sur la relation et les aspects de la conduite humaine. Etude des rencontres entre soi et le monde, au cours desquelles chacun donne forme à l’autre et dont aucun ne peut être séparé de l’autre sans appauvrissement et perte de sens.

Dans un fonctionnement harmonieux, la Gestalt est en mouvement constant, chaque aspect du fond de notre existence venant au premier plan au moment opportun pour recréer à partir de chaque situation nouvelle, la solution la plus adéquate. Chaque individu est interpelé par son environnement, et il lui est demandé une analyse de cette nouvelle Gestalt, et, selon ce qui va prendre le plus le champ, un discernement se fait jour qui permet à certains éléments de s’imposer

Pour certains, l’analyse entre ces aspects et la décision qui en découle se fera difficilement, et la perception de la réalité sera polluée. Les maladies dont nous souffrons ne sont que la conséquence de cette vision erronée de la réalité.

Inhibition, colère aveugle, sous leur emprise nul ne peut juger d’une situation. Obsessions, préoccupations qui occupent tout l’espace mental ou affectif, il n’y a de place pour rien d’autre : une séparation non travaillée, un deuil évité empêcheront la libération de l’énergie emprisonnée dans la Gestalt, et la libération tant escomptée ne pourra s’accomplir. Et il se reproduira encore et encore, en toute ‘’bonne foi’’, le même genre de conflit indéfiniment dans les relations

En Gestalt Thérapie Analytique, le thérapeute est un participant, observateur actif, faisant part de ses perceptions et de ses sensations à son ‘’client’’ qui n’est plus alors laissé dans la position passive d’un patient. Les deux côtés sont en dynamique.

La thérapie ne vise pas à répondre au pourquoi et à expliquer le problème, ce qui contre toute idée reçue ne donne pas nécessairement la solution, mais se préoccupe plutôt du comment, en amenant à une prise de conscience de la façon dont le présent est organisé, de comment nous l’organisons. De cette prise de conscience, s’aménageront des espaces créateurs qui redonneront de la souplesse à sa propre faculté d’adaptation. Une réparation en quelque sorte de la ‘’fonction zoom’’ grippée jusque là, permettra une perception des situations de manière souple et non douloureuse. Car les temps critiques de l’existence sont inévitables, et la créativité réside dans la capacité de chacun à recréer dans ces moments précis de nouvelles solutions. Cette habilité là nous en disposons tous, encore faut-il pouvoir la mettre en pratique. Et si la santé mentale et physique résidait justement dans cette faculté…

Yehouda Guenassia

SIGMUND FREUD Sur le traitement psychanalytique

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S.FREUD – Sur le traitement psychanalytique

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« J’ignore combien d’entre vous connaissent la psychanalyse par leurs lectures ou par ouï-dire. Je dois toutefois supposer que vous savez que la psychanalyse est un procédé de traitement médical de personnes atteintes de maladies nerveuses. Ceci dit, je puis vous montrer aussitôt sur un exemple que les choses ne se passent pas ici comme dans les autres branches de la médecine, qu’elles s’y passent même d’une façon tout à fait contraire.Généralement, lorsque nous soumettons un malade à une technique médicale nouvelle pour lui, nous nous appliquons à en diminuer à ses yeux les inconvénients et à lui donner toutes les assurances possibles quant au succès du traitement. Je crois que nous avons raison de le faire, car en procédant ainsi nous augmentons effectivement les chances de succès.Mais on procède tout autrement lorsqu’on soumet un névrotique au traitement psychanalytique. Nous le mettons alors au courant des difficultés de la méthode, de sa durée, des efforts et des sacrifices qu’elle exige ; et quant au résultat, nous lui disons que nous ne pouvons rien promettre, qu’il dépendra de la manière dont se comportera le malade lui-même, de son intelligence, de son obéissance, de sa patience. Il va sans dire que de bonnes raisons, dont vous saisirez peut-être l’importance plus tard, nous dictent cette conduite inaccoutumée. Je vous prie de ne pas m’en vouloir si je commence par vous traiter comme ces malades névrotiques.(…..)

Dans cette intention, je vous ferai toucher du doigt toutes les imperfections qui sont nécessairement attachées à l’enseignement de la psychanalyse et toutes les difficultés qui s’opposent à l’acquisition d’un jugement personnel en cette matière. Je vous montrerai que toute votre culture antérieure et toutes les habitudes de votre pensée ont dû faire de vous inévitablement des adversaires de la psychanalyse, et je vous dirai ce que vous devez vaincre en vous-mêmes pour surmonter cette hostilité instinctive.(…..)

La première difficulté est inhérente à l’enseignement même de la psychanalyse. Dans l’enseignement de la médecine, vous êtes habitués à voir. Vous voyez la préparation anatomique, le précipité qui se forme à la suite d’une réaction chimique, le raccourcissement du muscle par l’effet de l’excitation de ses nerfs. Plus tard, on présente à vos sens le malade, les symptômes de son affection, les produits du processus morbide, et dans beaucoup de cas on met même sous vos yeux à l’état isolé, le germe qui provoqua la maladie.(…..)

Par malheur, les choses se passent tout différemment dans la psychanalyse. Le traitement psychanalytique ne comporte qu’un échange de paroles entre l’analysé et le médecin. Le patient parle, raconte les évènements de sa vie passée et ses impressions présentes, se plaint, confesse ses désirs et ses émotions. Le médecin s’applique à diriger la marche des idées du patient, éveille ses souvenirs, oriente son attention dans certaines directions, lui donne des explications et observe les réactions de compréhension ou d’incompréhension qu’il provoque ainsi chez le malade.

L’entourage inculte de nos patients, qui ne s’en laisse imposer que par ce qui est visible et palpable, de préférence par des actes tels qu’on en voit se dérouler sur l’écran du cinématographe, ne manque jamais de manifester son doute quant à l’efficacité que peuvent avoir de « simples discours », en tant que moyen de traitement. Cette critique est peu judicieuse et illogique. Ne sont-ce pas les mêmes gens qui savent d’une façon certaine que les malades « s’imaginent » seulement éprouver tels ou tels symptômes.

Les mots faisaient primitivement parties de la magie, et de nos jours encore le mot garde encore beaucoup de sa puissance de jadis. Avec des mots un homme peut rendre son semblable heureux ou le pousser au désespoir, et c’est à l’aide de mots que le maître transmet son savoir aux élèves, qu’un orateur entraîne ses auditeurs et détermine leurs jugements et décisions.

Ne cherchons donc pas à diminuer la valeur que peut présenter l’application de mots à la psychothérapie et contentons nous d’assister en auditeurs à l’échange de mots qui à lieu entre l’analyste et le malade.

Mais cela encore ne nous est pas possible. La conversation qui constitue le traitement psychanalytique ne supporte pas d’auditeurs ; elle ne se prête pas à la démonstration. On peut naturellement, au cours d’une leçon de psychiatrie, présenter aux élèves un neurasthénique ou un hystérique qui exprimera ses plaintes et racontera ses symptômes. Mais ce sera tout. Quant aux renseignements dont l’analyste a besoin, le malade ne les donnera que s’il éprouve pour le médecin une affinité de sentiment particulière ; il se taira, dès qu’il s’apercevra de la présence ne serait-ce que d’un seul témoin indifférent.

C’est que ces renseignements se rapportent à ce qu’il y a de plus intime dans la vie psychique du malade, à tout ce qu’il doit, en tant que personne sociale autonome, cacher aux autres et, enfin, à tout ce qu’il ne veut pas avouer à lui-même, en tant que personne ayant conscience de son unité.

Vous ne pouvez pas assister en auditeurs à un traitement psychanalytique. Vous pouvez seulement en entendre parler et, au sens le plus rigoureux du mot, vous ne pourrez connaître la psychanalyse que par ouï-dire. Le fait de ne pouvoir obtenir que des renseignements, pour ainsi dire, de seconde main, vous crée des conditions inaccoutumées pour la formation d’un jugement. Tout dépend en grande partie du degré de confiance que vous inspire celui qui vous renseigne. »

Sigmund Freud in Introduction à la psychanalyse
Paris 1922, edit.Payot p.9-12

Mon approche: La Psychologie Humaniste

LA PSYCHOLOGIE HUMANISTE

Apologie de la vie et du vivant

Je me situe dans une conception humaniste qui suppose qu’il existe dans chaque être humain, un processus naturel d’autodétermination, une tendance qui le pousse à se développer selon des critères qu’il a lui-même définis, ainsi qu’une capacité à se réajuster au regard de son vécu afin de réaliser son potentiel.

Cette conception axée sur l’épanouissement personnel introduit la notion de conscience individuelle dans le regard que chacun est à même de poser sur son propre comportement. La thérapie s’ancre autour de ce mouvement de vie qui tend ‘’instinctivement’’ vers la réalisation de soi. Ce processus actif de croissance, cet ‘’élan vital’’, cette force de vie qui pousse vers la guérison est totalement occulté dans la perspective mécaniciste du behaviourisme ou dans celle du déterminisme freudien qui lie irrémédiablement l’être à son milieu et à son subconscient. Le caractère unique de la personne semble être dans ces deux approches totalement méconnu.

L’approche humaniste place l’être humain au centre de ses préoccupations. Nous ne sommes pas dans un modèle médical. Les psychothérapeutes humanistes ne nient pas les blocages et les conditionnements qui mènent aux répétitions, cependant ils ne se considèrent pas face à une maladie mentale, pour eux l’être n’est pas aux prises à une pulsion de mort. Conscience de soi et libre arbitre  constitueront une influence supérieure aux automatismes et aux gênes que nous avons reçus par héritage.

Les comportementalistes et les psychanalystes mettent l’accent sur l’enfermement des choix individuels (conscients et inconscients) qui contrecarrent ou orientent le sujet et influencent son comportement.

Le psychothérapeute humaniste lui, s’appuiera sur ce qui reste de force vitale disponible et aménagera un espace dans lequel la personne pourra faire l’experience de son autonomie et de sa capacité d’auto direction, de son propre espace de liberté, de sa subjectivité et de ses valeurs, ce qui lui ouvrira la voie vers sa liberté, ses propres réponses, son expression créatrice et son sens des responsabilités, le tout dégagé de toute culpabilité. L’interaction corps-esprit qui se jouera alors permettra une expression de sa vitalité, un développement et un épanouissement aussi complet que possible, en un mot la voie de la santé holistique.

La relation thérapeutique est vraie, authentique. C’est une rencontre au cours de laquelle le thérapeute va prendre visage, il n’est pas une surface ‘’lisse’’ de projection, il partage ce qu’il ressent, s’implique et le montre.

Au delà de l’arrangement, de la prévision ou de l’accommodement du comportement, la thérapie constitue un véritable accomplissement du potentiel humain qui sommeille en chacun. C’est un processus d’intégration des aspects désavoués, ignorés, non résolus de la personnalité qui ont amoindri jusqu’ici l’utilisation des mécanismes de défenses en empêchant la spontanéité de s’exprimer. Cette limitation de la flexibilité dans la résolution des problèmes de santé ou de relations n’a pu permettre le plein contact au monde.

La psychologie humaniste s’appuie sur une pensée existentielle. Il s’agit d’une expérience subjective, humaine et phénoménologique.

Reconnaissant cette liberté de l’être humain, un des pionniers de cette approche centrée sur la personne –ACP-, Carl Rogers (1902-1987) affirmait que ’’l’individu doit s’engager même si cela semble paradoxal : il doit prendre la responsabilité de son existence afin d’assurer sa croissance personnelle laquelle l’habilite à exercer un pouvoir au plan social. Il dispose de la capacité de prendre en charge sa formation, formation vue dans une perspective de développement global. Le seul être formé est celui qui a appris comment apprendre, comment s’investir grâce à un effort continu dans une démarche où il a conscience des capacités diverses de l’être humain.’’ (1961)